Hans Conzett:
«Il empoignait tout avec une grande droiture»
Quand on parle de lui, les mots «honnête» et «intègre» reviennent automatiquement à un moment ou à un autre. C’est le cas aussi chez Andrée Lappé, la première secrétaire générale d’UNICEF Suisse – et de ce fait la première employée de Hans Conzett, lorsqu’il a fondé le Comité Suisse pour l’UNICEF : «Tout ce qu’il faisait, il l’empoignait avec une grande droiture. Il était tenace et ne craignait rien ; et pour ce qu’il estimait sensé et juste, il s’investissait sans ménager ses forces et son confort.»
En 1959, le Conseiller fédéral Petitpierre s’est adressé à Hans Conzett, âgé alors de 44 ans et Conseiller national PAB (aujourd’hui UDC) depuis huit ans. Au cours des réflexions quant à la manière dont la Suisse pourrait améliorer sa réputation - elle avait souffert durant les années de la Deuxième Guerre mondiale - on a eu l’idée de créer un Comité national pour l’UNICEF. Conzett a accepté, et le comité a été fondé en un minimum de temps. Même si les débuts étaient organisés très modestement, Conzett a été dans les chiffres rouges les deux premières années. Il n’a par rappelé à Max Petitpierre sa promesse qu’on « trouverait bien des sous quelque part». Il craignait beaucoup trop que l’adage « qui paie commande » se réalise.
Durant ses 29 ans de carrière à l’UNICEF, il n’a failli à aucun de ses principes. En 1964, il a été élu chef de la délégation Suisse au conseil d’administration de l’UNICEF; de 1974 à 1976, il a occupé la présidence et pendant 24 ans, il a fait partie du conseil exécutif (Executive Board). «Chaque fois qu’il y avait de nouvelles élections, le nom de Conzett garantissait presque à lui tout seul une réélection de la Suisse», se souvient Brigitte G. Weber, alors directrice d’UNICEF Suisse, « à chaque fois, la Suisse obtenait le nombre de voix le plus élevé parmi tous les pays candidats. Aucun commentaire n’est nécessaire : les faits parlent d’eux-mêmes.»
Quand Conzett s’est retiré en 1988 en expliquant qu’il préférait s’en aller librement avant qu’on lui demande de s’en aller: «Wänn gaht dä alt Chlütterli äntli?», de nombreuses personnes l’ont laissé partir à contre-cœur. C’était le cas du Conseiller fédéral René Felber qui lui a écrit: «Vous remettez à votre successeur une oeuvre qui est devenue un modèle pour tous les autres comités nationaux. (...) Cet engagement de plusieurs décennies pour la santé et le développement, pour le bien-être et l’amélioration des perspectives d’avenir des enfants de ce monde vous place au rang des grandes personnalités suisses qui ont posé les bases de notre tradition humanitaire et l’ont cultivée.»
Hans Conzett se vouait corps et âme à tout ce qu’il entreprenait: de 1951 à 1971, il a siégé au Conseil national comme membre du parti des Paysans, artisans et bourgeois (qui deviendrait plus tard l’UDC), y a présidé la commission des pétitions et la commissions des affaires étrangères et, de 1967 à 1968, le Conseil national. Il s’était consacré avec la même énergie aux choses de l’esprit: après des études de droit, il est entré en 1942 dans l’entreprise familiale Conzett & Huber et a lancé alors deux produits qui sont devenus connus dans le monde entier : le magazine «Du» et la «Manesse-Bibliothek der Weltliteratur». Et il n’a jamais cessé d’avoir des idées hors du commun. Ainsi, en 1964, il réussit à convaincre le Parlement suisse de proposer l’UNICEF pour le prix Nobel. Il n’oubliera sans doute jamais le 10 décembre 1965 : c’est ce jour-là que Henri Labouisse, alors secrétaire général de l’UNICEF, a reçu des mains du roi Haakon à Oslo la médaille du prix Nobel de la paix et le diplôme au nom du Fonds des Nations Unies pour l’enfance.



