«Quand il s’agit des enfants, on ne peut que s’investir»
Pourquoi vous êtes-vous engagé si activement pour l’UNICEF ces années passées?
L’UNICEF est une organisation pour laquelle, en fait, personne ne peut manquer de s’engager. C’est une organisation qui bénéficie d’un haut degré de crédibilité, précisément dans le cadre du système onusien. Et quand il s’agit d’enfants, on ne peut que s’investir. J’étais reconnaissant aussi que la Suisse puisse montrer face à l’extérieur que nous sommes un pays disponible pour cette sorte d’engagement – d’autant plus que c’était la période qui suivait l’adhésion de la Suisse à l’ONU.
Vous vous considériez comme un ambassadeur des enfants. Votre statut de diplomate vous aidait-il dans cette tâche?
Quand un ambassadeur s’investit pour une cause et qu’il démontre qu’il est un être humain comme les autres, il peut abolir les barrières entre les classes. Ceci est très utile, particulièrement dans les pays en développement. Et un titre peut aider. Lors de l’un de mes voyages dans l’Uttar Pradesh, par exemple, il a été possible d’organiser un entretien avec le ministre responsable. Il était important de le sensibiliser au travail de l’UNICEF : il s’agissait de la lutte contre la polio et de l’instruction des filles.
Durant la période où vous avez été président du Conseil d’administration, cette dernière question vous tenait particulièrement à cœur.
Oui, car l’instruction des filles va au-delà de l’acquisition de la lecture et de l’écriture. Cette tâche commence par le fait qu’on leur montre à quel point l’hygiène est importante ; qu’elles doivent se laver les mains après un passage au « petit coin ». On peut partir du principe que l’effet de l’apprentissage est beaucoup plus durable chez les filles que chez les garçons: la plupart d’entre elles deviendront mères et éduqueront leurs enfants. C’est pourquoi l’instruction des filles est l’un des investissements essentiels pour l’avenir.
Vos voyages vous ont permis de vous en convaincre.
Oui, c’était magnifique de voir par exemple que les écoles soutenues par l’UNICEF en Inde contribuaient aussi à surmonter les barrières entre les castes. Au début, les intouchables refusaient de s’asseoir ou de manger à côté des autres touchables. Au bout d’un certain temps, cela avait cessé d’être un problème. Et c’était magnifique de voir avec quelle gratitude les filles allaient à l’école – surtout quand, soi-même, on n’aimait pas beaucoup l’école ...
Comment voyez-vous les tâches principales de l’UNICEF dans le système onusien?
Une caractéristique de l’UNICEF, c’est le fait que c’est une organisation proche des gens. Comme organisation humanitaire, elle est au service de l’enfant et reçoit un soutien non seulement de la part des gouvernements mais de la part de nombreux privés. C’est pourquoi l’UNICEF doit informer de manière transparente sur ses activités. Le soutien financier, mais aussi l’appui de larges cercles au niveau des idées et de la politique est important. L’UNICEF contribue aussi, je l’espère, à une meilleure compréhension du rôle joué par les organisations internationales actives à l’échelon mondial.
Que souhaitez-vous à UNICEF Suisse pour ses 50 ans ?
Que les enfants pauvres soient de moins en moins nombreux; qu’ils soient moins nombreux à devoir lutter contre le sida, la malaria ou la polio ; qu’ils soient moins nombreux à être victimes d’exploitation sexuelle ; et qu’ils soient de moins en moins nombreux à être mêlés à des conflits armés : comme victimes ou comme soldats.



