En Suisse, la réussite scolaire des enfants reste fortement liée à leur origine sociale. C’est l’un des principaux constats du nouveau Bilan Innocenti 20 de l’UNICEF consacré à la situation des enfants dans les pays à revenu élevé. Malgré de bons résultats globaux en comparaison internationale, les inégalités demeurent marquées selon le statut socio-économique.
Les écarts sont particulièrement visibles en matière de réussite scolaire : alors que 91 pour cent des jeunes issus de milieux favorisés atteignent les compétences de base, ce n’est le cas que de 46 pour cent des jeunes provenant de familles défavorisées. La Suisse figure ainsi parmi les pays présentant les plus fortes disparités de performance.
« Les données montrent clairement qu’en Suisse, l’origine sociale continue de déterminer de manière décisive les chances des enfants », déclare Désirée Zaugg, experte en droits de l’enfant et politiques publiques chez UNICEF Suisse et Liechtenstein.
Des différences visibles dans le quotidien
Selon le Bilan Innocenti 20, ces inégalités ne se limitent pas à l’école, mais influencent également le quotidien des enfants. Les jeunes issus de ménages à faibles revenus déclarent nettement moins souvent être très satisfaits de leur vie : 72 pour cent contre 83 pour cent chez les jeunes issus de milieux favorisés.
Des différences apparaissent aussi dans les habitudes alimentaires : 43 pour cent des jeunes défavorisés consomment des légumes chaque jour, contre 52 pour cent des jeunes favorisés.
Les témoignages des enfants eux-mêmes illustrent également ces disparités. « Quand il y a des problèmes d’argent, on n’a pas les mêmes possibilités pour les loisirs ou l’école », explique un enfant ayant participé à un groupe de discussion en Suisse.
L’État social compense seulement partiellement les inégalités de départ
L’analyse met en évidence une tension centrale : si l’État social suisse protège contre les situations extrêmes de précarité matérielle, il ne compense que partiellement les inégalités des conditions de départ. L’origine sociale demeure ainsi un facteur déterminant pour la réussite scolaire et les conditions de vie des enfants.
Dans le même temps, la situation s’est aggravée ces dernières années. Tant la pauvreté des enfants que les inégalités de revenus ont augmenté de plus de 10 pour cent en Suisse au cours de la dernière décennie. La Suisse figure ainsi parmi les pays de l’OCDE ayant enregistré la plus forte hausse des inégalités.
La nécessité d’agir demeure
Pour l’UNICEF, cette analyse montre que des efforts supplémentaires sont nécessaires afin de garantir à tous les enfants les mêmes chances, indépendamment de leur origine sociale.