En Somalie, les coupes dans l’aide entraînent la fermeture de services de santé et de nutrition et rendent l’accès à l’eau, à l’éducation et aux services de protection toujours plus difficile. Comme toujours, ce sont les enfants qui en paient le prix.
Résumé des propos de James Elder, porte-parole de l’UNICEF, lors du point presse s’étant tenu aujourd’hui au Palais des Nations, à Genève.
«En Somalie, les coupes de l’aide publique au développement entraînent aujourd’hui la fermeture des services de santé et de nutrition et rendent l’accès à l’eau, à l’éducation et aux services de protection toujours plus difficile. Comme toujours, ce sont les enfants qui en paient le prix.
Une crise aggravée par les coupes de l’aide
«Dans le contexte de coupes sans précédent dans l’aide humanitaire, 205 centres de santé et de nutrition ont déjà fermé. Les conséquences pour les enfants ont été immédiates: entre janvier et juin 2026, la Somalie a enregistré une hausse de 32 % du nombre d’enfants admis dans des centres de stabilisation pour y être pris en charge pour une malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications, par rapport à la même période l’année dernière.
«Moins de centres de santé implique des trajets plus longs pour les mères et leurs bébés; des trajets plus longs impliquent des traitements plus tardifs; des traitements plus tardifs entraînent des maladies plus graves et un risque accru de décès qui pourraient être évités.
«Ce n’est pas le moment de se désengager. La Somalie est confrontée à une crise climatique qui s’aggrave, une grave sécheresse dans certaines régions du nord, des conflits et des déplacements, ainsi qu’une hausse du coût du carburant et des engrais dans le sillage de la guerre en Iran. Et un épisode El Niño d’une intensité record menace d’aggraver encore la crise humanitaire que traverse la Somalie, avec de graves inondations dont le pic est prévu dans les prochains mois.
«C’est une contradiction brutale: les ressources nécessaires pour protéger les enfants vulnérables sont réduites précisément au moment où les pressions qui plongent les enfants somaliens dans la crise s’intensifient, alors même que le besoin d’un soutien généreux des donateurs ne cesse de croître.
«La semaine dernière, j’ai rencontré des dizaines d’enfants souffrant de malnutrition dans des centres de stabilisation. Ils étaient arrivés à l’hôpital dans un état très grave, car les centres de santé de proximité avaient fermé. Des familles qui ont perdu leurs récoltes et leur bétail cherchent désormais de l’aide pour leurs enfants souffrant de malnutrition.
«Prenons le cas de Hajio. Elle avait un logement. Ses enfants allaient à l’école. Elle avait du bétail. Mais la sécheresse et la dégradation continue du climat ont commencé à le décimer. Aujourd’hui, il ne lui en reste plus aucun. D’une vie relativement prospère, elle s’est retrouvée sans rien.
«Elle a donc fui, à la recherche d’aide. Aujourd’hui, elle vit dans un abri de fortune fait de bâches en plastique et de bâtons, qui la protège à peine de la chaleur accablante ou de la pluie. Elle est venue à Burhakaba, dans le sud-ouest de la Somalie, parce qu’elle avait entendu dire qu’elle pourrait y bénéficier d’une aide. Au lieu de cela, Hajio a reçu quelques vêtements et des tomates d’une communauté voisine, elle-même parmi les plus pauvres du pays. Elle n’a rien reçu de la communauté internationale.
Des services essentiels menacés dans tous les secteurs
Programme par programme, voici la situation en Somalie:
Santé
Les coupes de financement ont déjà entraîné la réduction de 30 % de la couverture des services de santé et de nutrition. Et l’ampleur potentielle de nouvelles perturbations est alarmante. Dans les scénarios de financement les plus défavorables, jusqu’à 618 centres de santé pourraient fermer à l’échelle nationale.
Nutrition
Près d’un million d’enfants de moins de 5 ans, d’adolescentes et de femmes risquent de perdre l’accès aux services de nutrition en Somalie. La hausse de 32 % du nombre d’enfants admis dans les centres de stabilisation, que j’ai évoquée précédemment, ne signifie pas que davantage d’enfants tombent malades. Elle s’explique par la réduction des services de prévention et des services de nutrition de proximité, qui fait que les enfants vulnérables sont moins susceptibles d’être identifiés et pris en charge à temps. Lorsqu’ils arrivent dans les structures spécialisées, leur état est souvent bien plus grave et leur prise en charge plus coûteuse.
«Tout cela se déroule dans un contexte particulièrement alarmant en Somalie: cette année, près de 1,9 million d’enfants devraient être touchés par la malnutrition, dont près d’un demi-million souffriront de malnutrition aiguë sévère, la forme la plus meurtrière. Et il devient également plus difficile d’acheminer l’aide vitale aux enfants qui en ont besoin: le budget d’UNHAS en Somalie, le Service aérien humanitaire des Nations Unies qui assure une liaison aérienne essentielle pour l’acheminement des cargaisons vitales de l’UNICEF et ses opérations, a été réduit de 40 % entre 2025 et 2026.
«Ces coupes doivent être considérées à la lumière de ce qui a été accompli, et donc de ce qui est aujourd’hui menacé. Entre 2021 et 2025, l’UNICEF a contribué à la prise en charge de plus de 2,25 millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. En 2025, le taux de guérison s’élevait à 97,6 %.
«En 2024, une campagne de vaccination contre le choléra soutenue par l’UNICEF a atteint plus de 885 000 personnes à risque, soit plus de 90 % de la population ciblée.
«Nous avons les programmes. Nous avons les partenaires. Ce qui manque, ce sont les financements.
Eau
«La sécheresse actuelle est considérablement aggravée par la diminution de l’aide. Plus de 1,6 million de personnes ont besoin d’un accès à l’eau potable, tandis que plus de 800 000 personnes risquent de perdre l’accès aux produits essentiels d’hygiène.
«Parallèlement, le prix de l’eau dans les zones rurales et pastorales a quadruplé: un bidon de 200 litres qui coûtait environ 2 dollars coûte désormais 8 dollars. Malgré cela, l’UNICEF a fourni des services d’approvisionnement en eau d’urgence et durables à plus d’un million de personnes. Mais sans financements durables, ces avancées sont elles aussi menacées.
Éducation
«L’éducation protège les enfants contre l’exploitation, le mariage précoce et le travail des enfants, tout en leur offrant, ainsi qu’à leurs communautés, une voie pour sortir de la pauvreté. Pourtant, des années d’investissements généreux des donateurs en faveur de l’avenir des enfants sont aujourd’hui réduites à néant bien plus rapidement qu’elles n’ont été mises en place.
«Le secteur de l’éducation a perdu 30 millions de dollars en 2025, et les principaux donateurs devraient réduire leurs contributions de plus de moitié en 2026. Plus de 78 000 élèves ont déjà quitté l’école, tandis que 660 000 autres sont à risque. Rappelons que pendant la sécheresse de 2022, le soutien de l’UNICEF a permis à plus de 130 000 enfants de rester scolarisés.
Protection de l’enfance
«Là encore, les coupes actuelles doivent être considérées à la lumière de ce qui a été accompli, et donc de ce qui est aujourd’hui menacé. En 2024 et 2025, des milliers d’enfants qui avaient été associés à des groupes armés ou qui risquaient d’être recrutés ont bénéficié d’un accompagnement en vue de leur réintégration.
«La Somalie est l’un des pays où le nombre de violations signalées à l’encontre des enfants est parmi les plus élevés. Pourtant, les coupes de financement ont entraîné la fermeture d’au moins 65 centres de services et structures de protection de l’enfance, tandis que d’autres services, gestion des cas, soutien psychosocial, recherche et réunification familiales et réintégration, sont tous menacés par ces coupes.
«Prenons le cas d’Abdullah, un adolescent que j’ai rencontré hier. Il voulait devenir mécanicien et passait son temps à bricoler des machines dans son village. Des groupes armés non étatiques l’ont remarqué et lui ont proposé un emploi et une formation de mécanicien. Comme il n’avait aucune possibilité de travailler là où il vivait et qu’il était désespéré de pouvoir subvenir aux besoins de sa mère, veuve, il a accepté. Mais c’était un mensonge. Abdullah a été envoyé sur le champ de bataille.
«Après une tentative d’évasion qui a échoué, Abdullah a finalement été blessé au combat et capturé par les forces gouvernementales. Fin de 2024 et début 2025, l’UNICEF soutenait alors la formation de plus de 160 enfants qui avaient été associés à des groupes armés et étaient désormais inscrits dans des centres de formation. À l’issue de leur apprentissage, en électricité, en mécanique ou en cuisine, ils recevaient un soutien pour démarrer leur propre activité. Beaucoup ont ensuite lancé de petites entreprises ou trouvé un emploi. Mais les récentes coupes de financement signifient qu’Abdullah n’aura pas la chance de recevoir ce soutien pour démarrer son activité, pas de coup de pouce pour commencer sa nouvelle vie.
«Ces formations et ces soutiens offrent à ces jeunes une voie vers un avenir plus stable: ils contribuent à faire en sorte que les enfants ne soient pas recrutés à nouveau et qu’ils puissent contribuer à la vie de leur famille et de leur communauté.
Protéger les enfants n’est pas une dépense facultative
«Dans un monde interdépendant, les coupes dans l’aide, où qu’elles interviennent, menacent partout la sécurité et la prospérité économique. Cela est aussi vrai en Somalie qu’ailleurs dans le monde. La question n’est donc pas de savoir si la Somalie a besoin de moins d’aide parce que le monde est devenu plus difficile. La question est de savoir si le monde peut se permettre de rendre la Somalie plus fragile alors que ces difficultés se multiplient. La réponse devrait être non.
«Malgré ces difficultés, la population et les institutions somaliennes continuent de s’adapter. Le Gouvernement renforce ses politiques, sa réglementation et ses systèmes nationaux, tandis que les acteurs humanitaires cherchent sans relâche des moyens de travailler de manière plus efficace, plus locale et plus durable.
«Cependant, la Somalie ne devrait pas avoir à choisir entre la réponse à la sécheresse et le développement, entre soigner les enfants malades et prévenir la malnutrition, ou entre l’accès à l’eau en situation d’urgence et la mise en place de systèmes d’approvisionnement en eau durables.
«Et le monde ne devrait pas agir comme si les crises s’arrêtaient aux frontières. Dans un monde marqué par l’interdépendance des économies, les chocs climatiques, le recrutement d’enfants dans des conflits qui se propagent au-delà des frontières et les déplacements de population, nous ne pouvons pas nous permettre de démanteler les systèmes qui protègent les populations les plus exposées à ces crises.
«Protéger les enfants n’est pas une dépense facultative. Prévenir les souffrances n’est pas inefficace. Et démanteler une aide efficace au moment où les besoins sont les plus grands ne revient pas à faire des économies: c’est faire le choix de payer plus tard un prix bien plus élevé, en termes de ressources financières, de sécurité, de potentialités manquées et, pour certains enfants, de vies perdues.»