L'ambassadeur de l'UNICEF Kurt Aeschbacher et la directrice générale Bettina Junker sont rentrés d'un voyage de plusieurs jours en Somalie. La crise continue de s'aggraver dans le pays. Faute de moyens suffisants, les organisations humanitaires réussissent à atteindre à temps de moins en moins d'enfants.
«La situation est grave. De nombreuses familles ont perdu leurs moyens de subsistance en raison de la sécheresse, des déplacements et des conflits ; elles ne disposent plus que de peu de réserves. Ce qui m'a le plus marquée, c'est de voir combien d'enfants souffrent déjà de malnutrition sévère», déclare Bettina Junker, directrice générale d'UNICEF Suisse et Liechtenstein.
Au cours de leur itinéraire, Kurt Aeschbacher et Bettina Junker ont notamment visité un site de personnes déplacées, un hôpital accueillant des enfants souffrant de malnutrition sévère, une école ainsi qu'un centre qui offre son appui à des enfants recrutés par des groupes armés.
Au cours des prochains mois, pas loin de 5,4 millions de personnes seront touchées, en Somalie, par une crise alimentaire, voire une situation encore plus grave. Près de deux millions d'enfants de moins de cinq ans devraient avoir besoin, au cours de l'année à venir, d'un traitement pour malnutrition aiguë, dont environ 433 000 pour une malnutrition aiguë sévère, la forme la plus dangereuse. Plus de trois millions de personnes vivent par ailleurs comme déplacées internes dans leur propre pays. Beaucoup ont dû quitter leur foyer en raison de la sécheresse, d'inondations ou de conflits armés et comptent parmi les groupes de population les plus vulnérables de Somalie.
Plusieurs crises qui s'aggravent mutuellement
La Somalie souffre encore des conséquences d'une grave sécheresse. L'absence de précipitations ainsi que de longues périodes de sécheresse ont durement affecté les sources d'eau, le bétail et les moyens de subsistance de nombreuses familles. Durant la même période, la saison des pluies a déjà commencé. De fortes précipitations et des inondations liées à El Niño sont attendues entre octobre et décembre. Elles pourraient détruire les récoltes et le bétail, déplacer davantage de familles et compliquer l'accès à l'aide humanitaire.
Le manque de moyens impose des priorités
S'ajoute à cela la forte baisse du financement humanitaire international destiné à la Somalie. L'UNICEF estime ce recul de 40 à 60 pour cent. Environ 200 structures dédiées à la santé et à la nutrition ont déjà dû fermer. Les organisations humanitaires doivent donc concentrer de plus en plus leurs moyens limités sur les enfants dont la vie court un danger immédiat.
Les lacunes de financement ont des répercussions particulièrement lourdes sur la prévention. L'absence d'offres de ce type a pour effet que le personnel spécialisé ne peut parfois détecter que tardivement la malnutrition chez les enfants. Un plus grand nombre d'enfants arrivent ainsi en traitement avec de graves complications médicales. La malnutrition aiguë sévère peut pourtant être traitée. Avec une prise en charge adéquate, le taux de guérison dépasse 90 pour cent.
«C'est un cercle vicieux que nous pourrions briser», déclare Bettina Junker. «Plus nous atteignons tôt un enfant mal nourri, mieux nous sommes en mesure d’éviter que son état devienne mortel. Lorsque les offres de prévention disparaissent, nous n'atteignons souvent les enfants que lorsqu'ils sont déjà gravement malades.»
L'UNICEF appelle donc à maintenir les prestations vitales dans les domaines de la nutrition, de la santé et de l'eau, et, par ailleurs, à renforcer à nouveau la prévention. Les biens visant à aider doivent par ailleurs parvenir à temps dans les zones à risque, avant que les inondations ne rendent impraticables les principales voies de circulation.